La contamination de Reao et Pukarua


Les « prévisions » sur la direction des vents furent loin d’avoir la fiabilité promise par les météorologues de la DIRCEN. Le livre du ministère de la Défense, publié en 2006, donne les retombées sur ces deux atolls entre 1966 et 1974, soit 22 retombées radioactives sur Reao et 7 sur Pukarua. Dès les premières campagnes d’essais, la contamination des atolls de la région était pourtant connue. Le Père Victor Vallons, curé des Tuamotu Est, en avait directement connaissance par les autorités militaires qui lui avaient interdit d’aller exploiter la cocoteraie dans plusieurs atolls environnants avec les hommes de Reao et de Pukarua. Le Père Victor s’en était plaint et inquiété dans une lettre à l’archevêque de Papeete du 27 juin 1967. On ignore si l’évêque avait, de son côté, alerté les autorités polynésiennes ou éventuellement ses homologues de la conférence des évêques de France. L’histoire montrera que, bien que sachant la vérité, la hiérarchie catholique de Polynésie et de France (dans sa grande majorité) gardera le silence à propos des essais nucléaires. Les résultats des examens de spectrogammamétrie effectués par le laboratoire SMSR de La Rance sur les habitants de Reao et Pukarua montrent que le SMSR n’a pas jugé utile de faire des examens en 1966 ni de les poursuivre après 1968, bien que le même SMSR avait enregistré les retombées radioactives sur les deux atolls entre 1970 et 1974.

Les résultats pour Pukarua et Reao d’avril 1967 montrent que seule la moitié de la population de chaque atoll a été examinée. De plus, comme la campagne de tirs de 1967 a commencé le 5 juin avec l’essai Altaïr, on peut considérer que la contamination interne des insulaires mesurée au spectro provient des séquelles de la campagne de 1966. Curieusement, les résultats de Reao et Pukarua enregistrés les 13 et 18 juillet 1967 - donc après le troisième et dernier essai de 1967 – ne portent que sur 6 personnes de chaque atoll. Pourquoi ? Sur quels critères ces six personnes de Reao et de Pukarua ont-elles été choisies ?

L’étonnement est encore plus grand si l’on regarde les résultats des « spectros » de l’année 1968. Tout d’abord, les examens ont été faits à Reao et Pukarua en avril 1968 alors que les tirs de la campagne de 1968 ont commencé le 7 juillet avec le tir Capella. De plus, les résultats d’avril 1968 font apparaître de nombreux « dépassements de dose ». Les 46 dépassements de dose à Pukarua et 44 à Reao, notés en avril 1968 sont donc les résultats de contaminations dues aux tirs précédents de 1966 et 1967.

Le tableau des résultats de spectro ne permet pas de connaître l’âge des personnes examinées. Tous les experts reconnaissent pourtant que les enfants de moins de 15 ans sont les plus fragiles à une contamination radioactive. Il est certain que l’examen des fiches individuelles de spectrogammamétrie permettrait de mieux connaître la contamination mesurée en 1967 ou 1968 et d’en apprécier les éventuelles conséquences sanitaires aujourd’hui.


Un exemple montrera l’importance de cette suggestion. Un enfant de 13 ans habitant Reao est passé au spectro sur La Rance en 1968. Il a, par la suite, travaillé à Moruroa. Lorsqu’en 2005, il a demandé son dossier médical de Moruroa, la fiche spectro de 1968, se trouvait dans le dossier et mentionnait un « dépassement » de l’indice 2. Aujourd’hui, cet homme est atteint d’un cancer du poumon, maladie qui est reconnue par la Caisse de Prévoyance Sociale de la Polynésie comme une maladie professionnelle des travailleurs du nucléaire.



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Qu’appelle-t-on « essais sous-critiques » ?



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