La vie au temps du CEP


Pendant toute la période de présence du CEP, les habitants de Tureia ont vécu au rythme de la vie des militaires.

Les hommes du village étaient employés à la base vie ou, pendant les tirs, à des tâches spécifiques. Tane Tehumu, par exemple, était chargé de photographier le champignon. A l’époque, il avait 25 ans. Il devait traverser le lagon en embarcation pneumatique pour se trouver en face de Moruroa et actionner l’appareil photo dès que la boule de feu apparaissait à l’horizon. Ensuite, il retournait à toute vitesse pour rejoindre les habitants du village dans l’un des deux blockhaus. En 2001, il est décédé d’un cancer à 59 ans. Les enfants toujours très curieux, étaient fascinés par les véhicules et les activités des militaires. Des liens se sont créés entre jeunes soldats et vahine et quelques mariages ont été célébrés !

Aujourd’hui, on a quelque idée de la vie de cette communauté insulaire très mêlée à celle des « occupants » popa’a, d’ailleurs bien acceptés, par quelques films 16 mm tournés par M. Bernard Ista, technicien du CEA qui travaillait dans l’équipe du Professeur Rocard. Lui aussi est décédé d’un cancer en 1998. En 2004, lors du tournage du reportage « Dans le secret du Paradis » de Pascal Martin (France 2), quelques films de Bernard Ista furent projetés devant toute la population de Tureia réunie dans le hall de la mairie de Fakamaru. Ce fut un grand moment d’émotion ! Un ancien marin présent à Tureia au début des essais a également pris des photos qui sont de véritables documents d’histoire pour la population de Tureia et pour la Polynésie du temps des essais. Ce vétéran a eu l’heureuse initiative de faire partager ses souvenirs de jeunesse sur internet (www.anciens-cols-bleus.net) d’où proviennent les illustrations de cette page.

Selon M. Wini Brander, ancien maire de Tureia qui avait 16 ans en 1966, le nombre de militaires était assez variable selon les périodes de tir. En 1968, ils étaient près d’une centaine. Ces derniers restèrent probablement sur place pendant les tirs thermonucléaires alors que la population de Tureia fut évacuée à Tahiti. M. Lionel Watanabe, gendarme originaire de Rapa, fut désigné pour convaincre les insulaires de quitter leur atoll. Il raconte cette « mission secrète » avec beaucoup d’humour. Claude Marere, alors jeune journaliste, raconte comment le secret de l’évacuation de Tureia fut éventé et comment la presse locale s’empara de l’histoire apprenant que Tureia n’avait pas voté pour les élections législatives de fin juin. Car c’était 1968 !

Quelques semaines plus tôt, scandalisés par la contamination qu’ils avaient constaté à Tureia, deux militaires pilotes d’hélicoptère, firent objection de conscience et furent chassés de l’armée.

La vie s’écoulait sereinement entre les campagnes de tirs à Tureia. Les jeunes militaires s’ennuyaient et s’inventaient des jeux pour passer le temps. D’autres, comme Yann Cambon, photographe lui aussi, s’étonne amèrement aujourd’hui d’avoir été probablement contaminé lors des essais aériens de 1970 et 1971. Un jour, en 1986, les militaires quittèrent Tureia, laissant quasiment tout en plan et les habitants de Tureia quelque peu désemparés. « Vous vous sentiez un peu abandonnés », dit un journaliste ! « Pas qu’un peu, répond Wini Brander, beaucoup abandonnés… » Vingt ans plus tard, la plaie n’est pas cicatrisée. A Tureia on ne s’est guère remis de cet « oubli » général où ses habitants ont été laissés.


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