Tureia inquiet


Quelques jours après la création de l’association Moruroa e tatou en juillet 2001, un habitant de Tureia contacta John Doom à Tahiti. « Nous ne comprenons pas ce qui se passe chez nous, confia-t-il. « Nos anciens sont en train de mourir : nous en avons enterré sept depuis 3 ans et je viens chercher le corps d’un papa de 59 ans qui vient de mourir à l’hôpital Mamao. » Pour une si petite population, autant de décès paraît anormal. John propose un déplacement de l’association à Tureia au plus tôt. En septembre 2001, avec Roland Oldham et le pasteur Taarii Maraea, ils passent une semaine à Tureia. Les soirées se succédèrent à écouter les gens et leurs journées à transcrire les histoires entendues. Il faut dire que la population de l’atoll se trouvait bien seule face à son angoissant problème. Tahiti est si loin et il n’y a qu’un vol par semaine pour Tureia.

Jusqu’à ce jour, même à Tahiti, on avait oublié Tureia, commune prospère quand l’administration lui avait rattaché, du temps des essais, Moruroa et ses 2000 ou 3000 « habitants ». Depuis le départ du CEP, la commune de Tureia se retrouvait avec ses 120 adultes et quelques dizaines d’enfants. Bref, d’un trait de plume, Tureia devenait l’une des plus petites communes de la Polynésie ! En 2002, le maire Temauri Fariki avait bien écrit au Président de la République… mais déjà oublié par Tahiti, Tureia fut complètement ignoré de Paris. La lettre du maire resta sans réponse.


« Avons-nous été réellement contaminés lors des essais ? » s’interrogent aujourd’hui les habitants de Tureia. « Et pourtant, les militaires et les scientifiques rassuraient tout le monde : ne sommes-nous pas ici avec vous ? Qu’avez-vous à craindre ? »
L’angoisse de Tureia se comprend. Quand un ancien est évacué de toute urgence à Tahiti par l’avion sanitaire, chacun pense qu’il ne reviendra, par bateau, que pour être mis en terre sur son atoll natal. Que sont donc devenus ceux de Tureia qui vivaient sur l’atoll au début du CEP, en 1966 ? Des 78 habitants recensés à Tureia en 1966, il ne reste, fin 2007, qu’un seul survivant qui était âgé, à l’époque, de plus de 29 ans. Les 37 autres qui avaient plus de 29 ans en 1966 ont tous disparu.

Quarante ans plus tard, les gens de Tureia découvrent avec stupeur qu’ils ont été copieusement « arrosés » de retombées radioactives. Ils se rendent compte que leurs blockhaus qui les abritaient quelques heures au moment des tirs de Moruroa, étaient complètement inutiles pour éliminer la contamination du lagon, du sol des jardins, des citernes. A Tureia, on s’interroge aussi sur la santé des enfants. Quelques-uns sont nés handicapés, mais on a mis ça sur le dos de la fatalité et c’est bien difficile d’en faire le décompte.

Oubliés et angoissés, les habitants de Tureia comprennent aujourd’hui qu’ils ont été trompés par tous ces « grands savants » qu’ils accueillaient pourtant avec tant de gentillesse comme c’est la coutume dans les îles.


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