Entrée dans l'ère nucléaire


Le général de Gaulle annonce le retrait de la France de l'OTAN

Le général De Gaulle, premier président de la Vème République. Le 7 mars 1966, le général de Gaulle adresse à son homologue américain, Lyndon Johnson, une courte lettre qui aura l'effet d'une bombe. Il y annonce le retrait de la France de l'OTAN : « La France, écrit-il, considère que les changements accomplis ou en voie de l'être, depuis 1949, ainsi que l'évolution de sa propre situation et de ses propres forces, ne justifient plus les dispositions d'ordre militaire prises après la conclusion de l'alliance. La France se propose de recouvrer sur son territoire l'entier exercice de sa souveraineté, actuellement entamé par la présence permanente d'éléments militaires alliés ou par l'utilisation habituelle qui est faite de son ciel, de cesser sa participation aux commandements « intégrés » et de ne plus mettre de forces à la disposition de l'OTAN. »

Le site d’expérimentation du Pacifique devant prendre le relais des installations du Hoggar, la France est désormais assurée de mener à terme les moyens de sa « force de frappe » indépendante de l’OTAN.

Déferlement militaire à Tahiti

Accueil traditionnel de la Force Alfa en 1966. Conformément aux accords d’Evian, la France doit quitter l’Algérie avant le 1er janvier 1967. Le dernier essai dans la montagne du Tan Affela aura lieu le 16 février 1966 et la fermeture du Centre d’expérimentations militaires des Oasis sera effective avec six mois d’avance, au moment où éclatera la première bombe française au dessus de Moruroa.

Depuis 1964, un véritable débarquement composé de plusieurs dizaines de bâtiments de la Marine nationale assurait le ravitaillement en matériaux et en vivres pour les travaux et les personnels de Moruroa.

Le 22 mai 1966, c’est une véritable armada qui déferla sur Tahiti. Le Groupe aéronaval du Pacifique baptisé « Force Alfa » avait appareillé depuis Toulon le 23 mars et accompagnait l’imposant porte-avions Foch. La Force Alfa comptait 3500 hommes. Jamais Tahiti n’avait connu un tel débarquement dans son histoire, tout à fait semblable à ce que connut Bora Bora lors de la Deuxième guerre mondiale avec l’installation d’une base arrière américaine.

Répercussions sociales

Le livre témoignage de l'ancien maire des Gambiers. Malgré tous les « conseils psychologiques » des responsables des armées reproduits dans une brochure de 1966 distribuée à tous les personnels militaires, l’arrivée en Polynésie de ces milliers d’hommes, jeunes pour la plupart, ne manqua pas de bouleverser l’équilibre social des populations locales. Au fil de l’installation des diverses unités militaires dans certaines îles peu peuplées, notamment dans les « postes périphériques » ou « base avancée », le déséquilibre démographique hommes-femmes a été aggravé au profit des militaires par l’exode des hommes partis travailler à Moruroa.

Les responsables des Eglises se sont inquiétés de cette situation nouvelle et quarante ans après, des témoignages douloureux rappellent que la tradition d’accueil des Polynésiens ne s’est pas toujours vérifiée.

Zones interdites

Le ''bouchon de champagne'': zone interdite à la navigation navale et aérienne. En juin 1966, Papeete est en émoi. A l’approche du premier essai, la DIRCEN vient de publier les interdictions de survol et de navigation autour de Moruroa désignées sous les sigles NOTAM et AVURNAV. Ces cartes ont été publiées dans la presse polynésienne au nom de la sécurité des personnes, marins et aviateurs. Cette zone interdite considérée comme « dangereuse » en raison des risques de retombées ou de la contamination de l’atmosphère était centrée sur Moruroa et son rayon était de 200 nautiques. La zone se prolongeait vers l’est en s’élargissant, selon une forme dite de « bouchon de champagne ».

Les conseillers de l’Assemblée territoriale de Papeete protestèrent en constatant que trois îles habitées (Tureia, Vanavana et Tematangi) étaient incluses dans cette zone dangereuses et que six autres étaient sur les franges du « bouchon de champagne », notamment, Mangareva et Reao.

Le général Thiry, patron de la DIRCEN, tenta de rassurer les élus polynésiens en prétextant que la zone d’interdiction de navigation nautique de surface était plus restreinte que celle concernant la navigation aérienne. Ces allégations mensongères furent amplement contredites officiellement… 40 ans plus tard dans le livre « La dimension radiologique des essais nucléaires en Polynésie » dans lequel on recense 203 retombées des essais aériens sur les îles habitées de l’ensemble de la Polynésie française entre 1966 et 1974.

Aldébaran, 2 juillet 1966

Voir récit: Aldébaran, premier essai à Moruroa

Le retour du Général à Tahiti

Pirae, 7 septembre 1966. John Doom, adjoint au maire, salue le Général. Il aura fallu attendre l’implantation du centre d’expérimentation nucléaire pour que les Polynésiens puissent, pour la première fois, accueillir un Président de la République en exercice. La visite du Général de Gaulle à Tahiti commença le 7 septembre 1966 par plusieurs manifestations, discours à Tahiti. Mais cette halte tahitienne n’était pas la première préoccupation du Chef de l’Etat. Pierre Messmer, alors ministre de la Défense, se souvient que le Général était très impatient d’assister au tir Bételgeuse, prévu pour le 9 septembre.

Néanmoins le discours du général prononcé à Tahiti le 7 septembre reste célèbre par sa désinvolture et ses promesses non tenues. Le discours du député polynésien John Teariki retentira cependant comme un cri d’alarme au nom des insulaires. Paroles prémonitoires qui décrivaient déjà le triste avenir promis à de nombreux Polynésiens.

Depuis le De Grasse, navire amiral de la DIRCEN, le général de Gaulle assista au premier tir aérien sous ballon qui dut être repoussé au 11 septembre en raison de perturbations atmosphériques les deux jours précédents.


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 Glossaire

Mot 
  • DIRCEN
  • Direction des centres d’expérimentations nucléaires
  • Unités
  • Les unités de mesure de radioactivité sont souvent utilisées avec des facteurs multiplicateurs ou diviseurs.

    Multiplicateurs
    Kilo(k) = x 1000 ou 103
    Méga(M) = x 1 000 000 ou 106
    Giga(G) = x 1 000 000 000 ou 109
    Tera(T) = x 1 000 000 000 000 ou 1012
    Exemple : 5 kBq = 5 000 Bq

    Diviseurs
    milli(m) = /1 000 ou 10-3
    Micro(µ) = / 1 000 000 ou 10-6
    Nano(n) = / 1 000 000 000 ou 10-9
    Pico(p) = / 1 000 000 000 000 ou 10-12
    Exemple : 1 mSv = 0,001 Sv


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Où les Soviétiques ont-ils effectué leurs essais nucléaires ?



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