La radioprotection et les essais nucléaires


Avant que la France décide de faire des essais nucléaires, les centres de recherche du Commissariat à l’Energie Atomique et les laboratoires universitaires de physique nucléaires disposaient de normes et de procédures de radioprotection pour leurs personnels.

De plus, tous les employés et chercheurs étaient formés aux règles très strictes de radioprotection. Lorsque la France a commencé ses essais, en 1960, ce sont ces normes pour la protection radiologique qui ont été appliquées. Toutes les règles étaient donc connues et les moyens de se protéger avaient déjà été expérimentés par les équipes des laboratoires de métropole. Les laboratoires étudiant l’énergie nucléaire disposent de sas d’isolement, de cellules à boites à gants, les personnels ont des tenues de protection normalisées et des temps de travail réglés sur les données fondamentales de la radioactivité : type de rayonnement, précautions à prendre adaptées… Dans ces laboratoires, les travaux et expériences portent sur une « radioactivité contrôlée » où la priorité est évidemment d’éviter tout risque d’explosion.

Quand il s’est agit de passer aux essais nucléaires, on s’est vite rendu compte que le « contexte » était très différent. D’abord, et c’est le principe même des bombes, la réaction en chaîne radioactive n’est plus contrôlée puisqu’on cherche à obtenir une force explosive. Ensuite, pratiquement tout se passe en plein air et non dans un laboratoire confiné : la dispersion des matières radioactives dans l’environnement fait donc partie intégrante des essais nucléaires. Or, en matière de radioprotection dans le cadre du CEP, on utilisait les mêmes normes et règles de radioprotection que dans les laboratoires. Le CEA, la DIRCEN et le SMSR donnaient à leurs personnels les brochures sur la radioprotection qui avaient cours dans les laboratoires. En les relisant (voir document), on se rend compte que les consignes étaient tout à fait inadaptées aux personnels civils et militaires travaillant sur les sites.

Les mesures habituelles de radioprotection prises dans les laboratoires étaient appliquées à Moruroa et Fangataufa (et au Sahara), mais elles étaient inopérantes. Ainsi, le SMSR délimitait l’atoll en « zones contrôlées », « zones surveillées ». Les services de santé classaient les personnels selon les normes des laboratoires en « personnels directement affectés », « personnels non directement affectés » ou « personnels non affectés ». Le SMSR distribuait à l’une ou l’autre des catégories de personnels des instruments de mesure de radioactivité : films-dosimètres, stylos-dosimètres… Il disposait aussi d’appareils de mesure de « radioactivité d’ambiance » sur les bateaux, les lieux de travail, les atolls : on a imaginé que les résultats des ces appareils d’ambiance seraient applicables à tous les personnels présents à leur proximité… Se rendant compte de l’inadaptation de toutes ces mesures, les dirigeants de la radioprotection sur les sites d’essais (SMSR) proposaient des mesures nouvelles encore plus dérisoires, tel le déploiement de feuilles de vinyl sur les sols, la pose de peinture sur des espaces bétonnés ou la simple délimitation d’un espace contaminé par une bande de couleur.

Dans un contexte de chantier de plein air sur des espaces désertiques ou dans des zones tropicales soumis à toutes sortes d’aléas climatiques, autant dire que la radioprotection s’apparentait plutôt à la « méthode Coué ». Sans compter, comme de nombreux témoignages le confirment, que lorsqu’une radioactivité trop forte mettait les alarmes en alerte, les responsables hiérarchiques faisaient tout simplement couper les alarmes pour éviter « d’inquiéter inutilement les personnels ». A l’époque des essais, comme aujourd’hui dans les écrits du ministère de la Défense, la réponse à tout cet attirail de mesures inutiles consistait et consiste encore à dire que « les doses sont inférieures aux normes admises par la réglementation ».

Pour couvrir leur incapacité à assurer la protection des personnels, les divers services de santé ou de protection radiologique ont mis en place des informations manifestement erronées (voir document) et des systèmes de « mesures » inopérants : les films dosimètres ne mesurent que la radioactivité gamma alors que les risques principaux sur les sites d’essais étaient l’inhalation ou l’ingestion des particules alpha éjectées par les explosions. Comme son nom l’indique la « spectrogammamétrie » utilisée habituellement pour les mesures internes ne prenait en compte que les éléments à rayonnement gamma. Aujourd’hui, ces résultats enregistrés par les services spécialisés du CEA ou des Armées sont la plupart du temps nuls ou inférieurs à un « indice de tri » dont la valeur scientifique est douteuse, selon des informations fournies en 2005 par le ministère de la Défense au Dr Jean-Louis Valatx, président de l’Aven (voir document).

S’il fallait résumer, on pourrait affirmer que la radioprotection sur les sites des essais nucléaires était à l’image même d’une explosion nucléaire : « un exercice non contrôlé ».


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 Glossaire

Mot 
  • CEA
  • Commissariat à l’énergie atomique
  • CEP
  • Centre d’expérimentation du Pacifique
  • DIRCEN
  • Direction des centres d’expérimentations nucléaires
  • Radioprotection
  • Les règles de protection contre les radiations sont fixées par la Commission internationale de protection radiologique (CIPR).
    La CIPR fixe des normes – les limites de doses admissibles – différentes selon les travailleurs du nucléaire et le public.
    La limite de dose pour les travailleurs du nucléaire est de 20 mSv par an en moyenne sur une période de 5 ans. Cette limite ne doit pas dépasser 50 mSv par an. La limite de dose pour le public est de 1 mSv par an.
  • SMSR
  • Service Mixte de Sécurité Radiologique


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En quelle année la France a-t-elle cessé ses essais aériens ?



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